Vendredi 18 décembre 5 18 /12 /Déc 19:42

                 Cosette était laide. Heureuse, elle eût peut-être été jolie. Nous avons déjà esquissé cette petite figure sombre. Cosette était maigre et blême. Elle avait près de huit ans, on lui en eût donné à peine six. Ses grands yeux enfoncés dans une sorte d'ombre profonde étaient presque éteints à force d'avoir pleuré. Les coins de sa bouche avaient cette courbe de l'angoisse habituelle, qu'on observe chez les condamnés et chez les malades désespérés. Ses mains étaient, comme sa mère l'avait deviné, "perdues d'engelures". Le feu qui l'éclairait en ce moment faisait saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible. Comme elle grelottait toujours, elle avait pris l'habitude de serrer ses deux genoux l'un contre l'autre.

Tout son vêtement n'était qu'un haillon qui eût fait pitié l'été et qui faisait horreur l'hiver. Elle n'avait sur elle que de la toile trouée; pas un chiffon de laine. On voyait sa peau çà et là, et l'on y distinguait partout des taches bleues ou noires qui indiquaient les endroits où la Thénardier l'avait touchée. Ses jambes nues étaient rouges et grêles. Le creux de ses clavicules était à faire pleurer.

Toute la personne de cette enfant, son allure, son attitude, le son de sa voix, ses intervalles entre un mot et l'autre, son regard, son silence, son moindre geste, exprimaient et traduisaient une seule idée : la crainte.

 

Victor Hugo, Les Misérables, 2e partie, III, 8

 

Réponse aux questions

 

La construction du portrait

1. Les deux mots-clés qui résument le personnage de Cosette : « laide » et « crainte ».

2. a. Cette phrase dans un niveau de langue courant : Si elle avait été heureuse, elle aurait peut-être été jolie.

b. C’est le narrateur qui prononce cette phrase.

c. Cette phrase exprime une hypothèse.

3. Le narrateur est désigné par les pronoms « nous » et «on». Cosette est présentée de l’extérieur : le portrait proposé la peint extérieurement et le sentiment de crainte se déduit seulement de ses attitudes.

_ Le portrait physique

4. a. Dans l’ordre, les parties du corps décrites : yeux, bouche, mains, genoux, jambes, clavicules.

b. Le portrait progresse de haut en bas.

c. La progression thématique dans ce portrait est une progression éclatée.

5. a. Les principales caractéristiques du physique de Cosette :

– la maigreur : «Cosette était maigre et blême », « saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible », « Ses jambes étaient rouges et grêles », « Le creuxde ses clavicules était à faire pleurer » ;

– la laideur : « grands yeux enfoncés dans une sorte d’ombre profonde étaient presque éteints à force d’avoir pleuré. Les coins de sa bouche avaient cette courbe de l’angoisse habituelle », «mains perdues d’engelures », « l’on y distinguait partout des taches bleues ou noires ».

b. Ses vêtements sont de misérables haillons qui ne la préservent pas du froid.

c. Ces différentes indications révèlent que Cosette est une enfant très malheureuse, à la merci de deux adultes atroces.

6. Plusieurs expressions (modalisateurs) par lesquelles le narrateur insiste sur les caractéristiques décrites : « Elle avait près de huit ans, on lui en eût donné à peine six » ; « cette courbe de l’angoisse habituelle, qu’on observe chez les condamnés et chez les malades désespérés » ; « rendait sa maigreur affreusement visible » ; « Tout son vêtement n’était qu’un haillon qui eût fait pitié l’été et quifaisait horreur l’hiver. Elle n’avait sur elle que de la toile trouée ; pas un chiffon de laine » ; « l’on y distinguait partout des taches bleues ou noires » ; « Le creux de ses clavicules était à faire pleurer ».

7. Le visuel de la comédie musicale est conforme au portrait de Cosette écrit par Victor Hugo ; en effet, on voit une petite fille habillée en haillons et qui semble craintive. En revanche, la fillette de l’affiche n’est pas laide.

_ Le portrait moral

8.Deux noms exprimant le sentiment éprouvé par Cosette : « angoisse » et « crainte ».

9. a. Ce sentiment fait ressembler Cosette à «un condamné» ou à « un malade désespéré ».

b. Deux noms qui expriment les sentiments éprouvés par le narrateur à la vue de Cosette : la pitié et l’horreur ; le narrateur ne peut que plaindre la fillette l’été, étant donné l’état dans lequel elle se trouve et il est terrifié à la vue du physique de la fillette l’hiver, car elle ne peut lutter contre le froid, ce qu’il trouve inadmissible.

 

SYNTHESE

• Cosette est une «misérable » car c’est une enfant sans défense qui se trouve confiée par sa mère à des gens qui la maltraitent physiquement et moralement.

• Le narrateur présente un rapport de symétrie entre le sentiment éprouvé par Cosette et son physique : sa maigreur et son aspect maladif la font se recroqueviller comme si elle cherchait à se protéger, étant dans une situation de crainte permanente.

Par Mv Alves - Publié dans : FRANCAIS QUATRIEME - Communauté : Notre Dame Providence
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